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Il était une fois une reine fort agréable, juste, équitable et aimée de toutes et tous. Cette reine tomba très malade et, sentant que sa fin était proche, elle embrassa tendrement son époux le roi en lui disant au revoir. Celui-ci lui promit qu’il ne se remarierait jamais et elle répondit, en plaisantant, qu’elle n’accepterait qu’il se marie qu’avec une femme plus jolie qu’elle.
Ensuite, elle appela sa fille unique, qu’elle aimait tendrement.
- Ma chérie, lui dit-elle, je te donne cette guitare pour que tu te rappelles toujours à quel point tu es douée pour la musique. Je t’aime et je serai toujours fière de toi.
La fille lui promit d’en prendre bien soin. La reine mourut peu après et le roi et la princesse la pleurèrent longtemps. Tous les jours, la princesse jouait de la guitare et la musique lui donnait de la force et du courage.
Mais un jour, le roi entra dans la chambre de la princesse et s’écria :
- Ma fille, je veux t’épouser.
- Mon père, c’est une plaisanterie ! s’écria la princesse.
- Oh non ! J’ai promis à ta mère que je n’épouserai qu’une femme plus jolie qu’elle et tu es la seule dans ce cas. Marions-nous !
La princesse était catastrophée. Elle refusa, s’enferma dans sa chambre et menaça de s’enfuir. Ensuite, elle réfléchit longuement et quand son père revint, elle lui fit cette demande :
- Mon père, je n’accepterai de me marier que dans une robe couleur du temps.
Elle pensait que c’était une demande impossible et que son père la laisserait tranquille. Mais en quelques semaines, le roi lui fit coudre une robe couleur du temps. Elle demanda aussi une robe couleur de lune, puis une robe couleur soleil et fut dépitée quand les domestiques les lui apportèrent.
- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu veux m’épouser, répéta-t-elle avec rancœur.
- C’est entièrement ta faute ! répondit le roi. Tu n’as qu’à être moins jolie si tu veux qu’on te laisse tranquille.
C’en était trop pour la princesse. Elle se sentait sale et ne pouvait plus se regarder dans les miroirs. Elle pleura longuement et la nuit suivante, elle décida de partir. Elle se prépara un sac où elle mit sa guitare et quelques affaires. Ensuite, elle enfila le déguisement d’âne avec lequel elle jouait enfant, étala de la terre sur son visage et s’enfuit très loin.
Elle marcha ainsi pendant plusieurs jours et finit par se présenter dans une auberge où le patron l’engagea comme domestique. Elle faisait les corvées les plus ingrates et les clients se moquaient d’elle et la surnommaient « Peau d’Âne ». A la nuit tombée, elle allait se cacher dans la forêt pour jouer de sa guitare. Elle écrivait des chansons et la musique lui donnait le courage d’affronter sa triste vie.
Un jour, un groupe de musiciens ambulants se présenta à l’auberge. Peau d’Âne les écouta jouer, émerveillée, cachée derrière une porte. Plus tard dans la nuit, alors que tout le monde dormait, le chanteur principal entendit du bruit. Il sortit et reconnut un son de guitare. Quelqu’un chantait et jouait dans la forêt. Il écouta avec ravissement.
Le lendemain, il alla voir l’aubergiste et s’enquit :
- Puis-je savoir qui est la divine personne que j’ai entendue chanter cette nuit ?
- Divine personne ? répéta l’homme.
- Oui ! C’était une très belle voix et seule une âme noble et pure a pu écrire des paroles aussi belles et aussi vraies ! Savez-vous s’il s’agit d’une cliente, ou peut-être d’une de vos domestiques ?
Par curiosité, le patron demanda poliment aux clientes de chanter pour lui mais la voix d’aucune ne correspondait. Il n’eut pas plus de succès avec la cuisinière et la femme de chambre. Soudain, l’aubergiste se souvint :
- Il y a bien une autre fille qui travaille ici mais elle n’a rien de divin ! C’est Peau d’Âne, ignoble et repoussante !
- J’aimerais l’entendre ! insista le chanteur.
L’aubergiste se lassa et fit venir Peau d’Âne, crottée et débraillée. Elle chanta quelques notes et le chanteur s’écria :
- C’est vous ! Je vous ai entendue la nuit dernière. Vous avez beaucoup de talent ! Avez-vous écrit cette chanson vous-même ?
- Eh bien, oui…
- J’aimerais vous engager dans ma troupe !
Peau d’Âne accepta, mais à condition de ne pas apparaître en public. Elle écrivait des chansons et se tenait en retrait la plupart du temps. Les autres musiciens étaient gentils avec elle et ne se moquaient jamais. Un soir, le chanteur frappa à la porte de sa chambre et lui tint ses propos :
- Tu sais, j’aimerais que tu chantes avec nous au moins une fois. Tu pourrais te laver le visage et enlever cet affreux déguisement.
- Non, répondit-elle. Je le garde. Il me protège.
- Il te protège de quoi ?
- Il me protège de mon propre corps. J’ai une apparence anormale et à cause d’elle, mon propre père a voulu se marier avec moi. Je suis obligée de porter cet affreux déguisement pour me protéger. Quand je le porte, j’ai l’air laide et tout le monde se moque de moi mais je préfère encore qu’on se moque de moi.
- Tu veux bien me montrer ton vrai visage, s’il te plaît ? insista-t-il. Je te promets que je ne ferai rien qui pourrait te mettre mal à l’aise.
Peau d’âne alla se débarbouiller à contrecœur. Le chanteur la regarda pensivement et annonça :
- Ton visage est normal, tu n’as pas à avoir honte.
- Mais alors, pourquoi mon père a-t-il voulu m’épouser ?
- Parce que c’est un monstre : un père normal n’a pas envie d’épouser sa fille, quelle que soit son apparence. C’est lui qui devrait se cacher, pas toi. Tu n’as absolument rien à te reprocher.
Peau d’Âne n’en croyait pas ses oreilles. Le soir-même, elle chanta et joua avec le groupe et tout le monde les applaudit. Dans les jours qui suivirent, elle décida d’écrire une chanson pour raconter son histoire. Son groupe devint célèbre dans tout le royaume, à tel point que le roi en personne leur envoya un message pour leur demander de venir jouer à la cour.
Le petit groupe se présenta devant le roi. Celui-ci s’était remarié depuis avec une dame de la cour et ne reconnut pas la princesse parce qu’elle portait un masque pour l’occasion. Le groupe joua plusieurs chansons et termina par celle qui racontait l’histoire de la princesse. Les applaudissements résonnèrent. Seule la nouvelle reine n’applaudit pas.
- Quelle chanson triste ! s’écria-t-elle. Est-elle inspirée d’une histoire vraie ?
- Oui, répondit Peau d’Âne. Mon père a essayé de se marier avec moi et il est ici, juste à côté de vous.
Elle retira son masque en prononçant ces mots et la plupart des personnes présentes reconnurent la princesse. La reine resta stupéfaite, puis se tourna vers le roi.
- Est-ce vrai ? demanda-t-elle.
- Oui, j’ai eu envie de me marier avec elle mais c’est un peu sa faute ! Si elle était moins belle…
- Mais quelle horreur ! Un père n’épouse pas sa fille, quelle qu’en soit la raison ! Gardes, jetez-le en prison !
Les gardes jetèrent le roi en prison et la nouvelle reine prit sa place et régna en souveraine juste et équitable. Elle proposa à Peau d’Âne de reprendre sa place à la cour mais celle-ci refusa. En effet, elle préférait de beaucoup être une musicienne plutôt qu’une princesse. Son groupe reprit la route, enchanta toutes les villes et les villages de leurs merveilleuses chansons et Peau d’Âne vécut heureuse entourée de ses nombreux.ses ami.es.