Il était une fois une grande forêt. Un jour, un paysan s’y attarda pour ramasser des champignons. Il s’endormit dans une clairière et quand il se réveilla, il faisait nuit. Il était seul.
Soudain, une grande lumière apparut. Le paysan se cacha et vit une porte s’ouvrir au milieu de la clairière. Douze jolies fées en sortirent et se mirent à danser, voler et rire. Certaines chantaient, d’autres jouaient du pipeau ou de la lyre et c’était tellement beau que les oiseaux de nuit se taisaient pour les écouter.
Le paysan compris qu’il avait trouvé la porte magique qui mène au pays des fées. Il resta immobile jusqu’au petit matin. Enfin, onze des fées franchirent à nouveau la porte tandis que la douzième s’attardait encore un peu. Il se précipita et la salua :
- Bonjour !
- Qui es-tu ? demanda la fée, un peu effrayée.
- Je veux devenir ton ami ! Veux-tu revenir ici demain soir ?
La fée accepta, intriguée. C’était la première fois qu’un humain s’intéressait à elle. Elle le retrouva le lendemain, puis le surlendemain. Il lui parlait de sa vie au village et elle était curieuse.
- J’aimerais habiter dans un village, dit-elle. Ça a l’air très intéressant.
- Alors épouse-moi ! Je m’occuperai bien de toi et tu seras très heureuse !
La fée se laissa convaincre. Elle s’enfuit avec le paysan au milieu de la nuit. Il lui fit mettre un grand manteau pour cacher ses ailes et ils se marièrent en cachette.
Pendant une semaine, la fée fut très heureuse. Elle et son mari s’amusaient à chaque instant. Et puis le paysan annonça que c’était l’époque de la moisson et que tout le monde devait travailler. Elle l’accompagna aux champs et travailla avec lui du matin au soir. Le soir venu, le paysan allait s’amuser à la taverne tandis que la fée rangeait la maison, faisait le ménage, la lessive, la cuisine et toutes les corvées. Ensuite, elle dînait avec son mari et allait se coucher, morte de fatigue.
- Tu pourrais m’aider avec les corvées, dit-elle un soir. Tu pourrais faire la vaisselle.
- Mais enfin, ce sont les femmes qui font la vaisselle !
- Et j’aimerais rendre visite à mes sœurs.
- Mais je t’aime tellement ! Si tu m’aimes, tu devrais rester avec moi.
La fée resta donc au village. Elle ne chantait plus et ne dansait plus. Ses belles ailes devinrent grises sous son manteau et à chaque fois qu’elle parlait d’aller voler dans la forêt, le paysan répondait : « Si tu m’aimes, tu ne feras pas ça ! »
Un an passa et la fée mit au monde une adorable petite fille. Elle était ravie. Elle enveloppa le bébé dans une couverture et annonça à son mari qu’elle se rendait dans la forêt. Le mari devint sombre et demanda pourquoi.
- Je veux montrer ma précieuse petite fille à mes sœurs fées, voilà pourquoi ! s’écria-t-elle.
- Ne fais pas ça !
- Et pourquoi ?
- Parce qu’elles seront jalouses, tout simplement ! Elles sont toutes célibataires tandis que tu as l’amour d’un homme, ce qui est la chose la plus précieuse au monde ! Elles essaieront de t’éloigner de moi !
Pas contente, la fée fit semblant de capituler mais le soir venu, elle tenta de quitter la maison, tenant à la main sa petite clef d’or qui ouvrait la porte magique. Son mari la rattrapa en lui disant qu’il l’aimait trop pour vouloir la perdre. Il prit sa clef, la cacha et lui interdit de sortir.
La fée était bien malheureuse. Des mois passèrent et un soir, alors que le paysan était sorti, quelqu’un frappa au carreau. C’était l’une des sœurs de la fée. En la voyant, elle s’écria :
- Tu es là ! On n’a plus de nouvelles de toi et on est très inquiètes ! Pourquoi portes-tu cet énorme manteau ?
- Pour cacher mes ailes, répondit simplement la fée.
- Mais toutes les fées ont des ailes ! Pourquoi vouloir les cacher ?
La fée retira son manteau et sa sœur retint un cri d’effroi. Ses ailes étaient devenues grises et ternes et pendaient lamentablement.
- Oh, non ! s’écria la sœur. Je ne sais pas ce que cet homme t’a fait mais c’est horrible ! Tu dois venir avec moi !
- Non ! protesta la fée. Il m’aime ! Il aura du chagrin si je pars ! Et puis je dois m’occuper de ma petite fille.
La sœur tenta de la convaincre, puis lui donna un sifflet magique qui lui permettrait de l’appeler si elle était en danger. Elle repartit et la fée alla s’occuper du bébé.
Quand le paysan rentra, il trouva le sifflet et devint furieux. Il alla le cacher avec la clef d’or et la fée se mit à pleurer.
Quelques mois plus tard, la sœur lui rendit à nouveau visite. Quand la fée lui apprit qu’elle n’avait plus de sifflet, la sœur la supplia de la suivre, puis lui donna une bougie magique.
- Si tu l’allumes, je saurai que tu as un problème et je viendrai te chercher. Au revoir ma sœur. Je t’aime.
Elle partit et le paysan, qui s’était caché dans la pièce à côté et les écoutait, devint furieux et alla mettre la bougie sous clef. La fée se remit à pleurer. Le paysan lui dit alors qu’il l’aimait et qu’elle ne devait pas pleurer mais elle pleura quand même.
Des mois plus tard, alors que la fée donnait son bain à sa petite fille, elle remarqua que ses ailes de fée commençaient à pousser. Émerveillée, elle appela son mari.
- Regarde ! Notre fille va avoir des ailes ! Elle pourra voler et faire la danse des fées, comme moi ! N’est-ce pas merveilleux ?
- C’est fort regrettable, répondit le paysan. Demain, je ferai venir le forgeron pour qu’il les lime.
La fée fut horrifiée.
- Pourquoi ? Aucune fée ne se lime les ailes, jamais ! Tu ne veux pas qu’elle ait des ailes ?
- Je veux qu’elle devienne une bonne épouse et une bonne mère, comme toi et comme ma mère ! Elle n’a pas besoin d’avoir des ailes !
- Ce sont ses ailes et c’est elle qui décidera de ce qu’elle veut en faire ! rétorqua la fée. J’en ai assez ! Tu contrôles ma vie depuis deux ans mais tu ne contrôleras pas celle de mon enfant !
Alors le paysan devint furieux. Il cria tous les gros mots qu’il connaissait et partit en enfermant la fée dans la maison. Furieuse, celle-ci la fouilla de fond en combles et finit par comprendre que ce qu’elle cherchait se trouvait dans le grenier. Elle n’avait pas la clef du grenier mais elle se sentait tellement furieuse qu’elle prit une hache, défonça la porte et trouva la clef d’or, le sifflet et la bougie. Elle alluma la bougie, souffla dans le sifflet et s’assit dans sa chambre en berçant le bébé. Bientôt, quelqu’un tapa au carreau.
- Ma sœur, c’est moi ! Je peux entrer ?
- Ma sœur, je suis enfermée. Il va falloir qu’on casse une fenêtre. Tu avais raison, il ne m’a jamais vraiment aimée. Je veux rentrer chez nous.
La sœur cassa la fenêtre et ramena la fée et son bébé au pays magique. Quand le paysan rentra chez lui, il trouva sa maison complètement dévastée, les fenêtres et les portes fracassées, la vaisselle et le lit en morceaux. Il y avait une note sur la table : Tu l’as bien mérité. Adieu.
La fée vécut heureuse chez ses sœurs qui la soignèrent bien. Ses ailes guérirent et reprirent leurs couleurs et elle put à nouveau danser, chanter et rire. La petite fille grandit, ses ailes poussèrent, et elle mena une vie heureuse, entourée de sa mère et de toutes les fées.
La fin !
Ps : merci d’avoir lu cette histoire. L’image d’illustration est d’Allison Archer sur unsplash.